
(Par Alain Howiller – photo www.heiko-maas.de) – C'est finalement du plus petit des «länder» – la Sarre – que vient la plus grosse des surprises de ce début d'année : le gouvernement du Land sera remanié à l'issue de nouvelles élections qui vont avoir lieu dans les semaines (60 jours) qui viennent ! Exaspérée par les querelles qui secouaient une coalition originale composée de la «CDU», du «Parti Libéral – FDP» et des «Verts», mal remise d'une élection à la tête du gouvernement sarrois qu'elle n'avait gagné qu'au deuxième tour avec… 1 voix de majorité (!), Annegret Kramp-Karrenbauer (CDU) a jeté l'éponge et a décidé, le jour de l'Epiphanie, de renoncer à sa couronne en mettant un terme à son gouvernement. Elle entendait soit conclure une nouvelle coalition, soit faire procéder à de nouvelles élections. C'est finalement cette dernière solution qui l'a emporté, faute d'un accord de gouvernement entre la CDU et le parti social-démocrate SPD. Pourtant, les deux partenaires d'une possible «grande coalition» sarroise avaient tenté de s'entendre avant de renoncer, après des heures de négociations dont deux heures de tête à tête entre la présidente sortante et Heiko Maas (photo), le Chef du SPD, à un accord et de laisser les électeurs décider du sort du land ! Lors de sa réunion du Jeudi 26 mars,le landtag de la Sarre a décidé de se dissoudre et d'organiser, comme prévu, de nouvelles élections le 25 Mars.
Pourtant de l'aveu même des responsables des deux partis en négociations, ils étaient pratiquement… d'accord sur tout et si le «pacte de coalition» n'a pas pu être signé, c'est sans nul doute parce que les négociateurs n'avaient pas pu s'entendre sur celui (ou celle) qui conduirait le gouvernement ! Le peuple donc tranchera, étant entendu que l'objectif à atteindre, à travers ces élections, c'est de l'aveu même des protagonistes, de diriger le land au bénéfice clairement affiché d'une… grande coalition !
La guerre des… «egos». D'ici là, la guerre des «egos» fera rage : Kramp-Karrenbauer et Maas espérent que les électeurs désigneront cette fois clairement un parti dominant qui aura ainsi la légitimité nécessaire pour imposer les axes de direction au futur gouvernement. Rien ne dit que la démission du gouvernement sarrois intervenue le jour où Angela Merkel, chancelière mais aussi présidente de la CDU, et Philipp Rösler, Ministre de l'économie et de la technologie, mais aussi Président du Parti Libéral, tiraient les «rois» à Berlin, permettra à Annegret Kramp-Karrenbauer de gagner la compétition ainsi engagée !
Certes la présidente sortante espère surfer sur une vague de sondages d'ailleurs plus favorables à la Chancelière (63% des allemands sont satisfaits de son travail) qu'à la CDU (36% d'intentions de vote, soit +1 point), contre 29% au SPD (-1 point), 15% aux «Verts» et… 3% au FDP) pour l'emporter, mais rien n'est joué quant à un résultat qui lui permettrait de briguer un nouveau mandat de Ministre-Présidente d'un land où la CDU avait régressé de 13% points lors des dernières élections régionales (en 2009) ! Rien n'est joué non plus quant à la composition de la future majorité : Oskar Lafontaine, le charismatique leader de «Die Linke» (ne l'appelle-t-on pas le «Napoléon de la Sarre» ?), qui avait obtenu 21,3% des voix en 2009 (le SPD en avait obtenu 24,5%), viendra-t-il bouleverser les pronostics en imposant autre chose que la grande coalition ? Où passeront les voix qui avaient bénéficié (9,2%) au FDP ? Que deviendra le parti des «Verts» qui n'avaient réuni que 5,9% des voix en 2009, mais qui a marqué des points aux élections régionales de l'année dernière : poursuivront-ils sur une lancée pourtant freinée, en septembre, lors des élections au sénat de Berlin où le «parti des pirates» (qui veut se présenter en Sarre) leur avait mangé de la laine sur le dos ?
Berlin : un échec prémonitoire ? L'échec des «Verts» à Berlin avait conduit à une grande coalition : celle-ci est-t-elle prémonitoire pour les élections sarroises d'autant que le SPD a annoncé qu'il refuserait toute alliance avec «Die Linke» en Sarre ? Sera-telle prémonitoire de ce qui risque d'arriver au niveau fédéral lors des élections générales de l'automne 2013 et ce même si le SPD a affirmé qu 'il ne ferait pas alliance avec la CDU ? Une affirmation à laquelle -manifestement- Angela Merkel ne croit pas, selon le principe souvent vérifié en politique que «jamais ne veut jamais dire… jamais» !
Certains n'oublieront pas le précédent d'il y a un an à Hambourg. Le président sortant CDU avait mis un terme à sa coalition avec les «Verts» pour essayer de trouver une nouvelle majorité. Il perdit les élections de février au profit du SPD, marquant ainsi la première des 5 (voire 6 si on estime que le résultat de Berlin n'a pas donné la victoire à la CDU mais a confirmé celle du SPD) défaites électorales (sur 7 élections régionales) enregistrées en 2011 par la CDU ! Le mois d'après, elle perdait le Baden-Württemberg au profit d'une alliance de gauche dirigée par les «Verts» ! L'année 2012 sera, il est vrai, moins riche en consultations électorales : elle sera donc moins risquée pour le gouvernement fédéral.
Après la Sarre, le Schleswig-Holstein, en Mai. A vrai dire, le calendrier -il n'y aurait pas eu «l'accident» sarrois- ne prévoyait qu'une seule consultation qui doit avoir lieu le 6 Mai au Schleswig-Holstein, mené, à la suite d'un invraisemblable embroglio juridique que la Cour Constitutionnelle tranchera, par une coalition CDU-FDP. La cour saisie par les «Verts» et une association locale d'électeurs, est à l'origine de cette consultation qui se fera sur la base d'une nouvelle loi électorale. Les derniers sondages créditent la CDU de plus ou moins 34% des intentions de vote (contre 31,5% des voix lors des élections de 2009), le SPD de plus ou moins 32% (contre 25,4% en 2009), les «Verts» de plus ou moins 15% des intentions de vote (contre 12,4% voix). Le parti libéral, qui avait obtenu 14,9% des voix, le parti local d'électeurs (Südschleswiger Wählerverband qui avait 4 députés) et Die Linke (qui avait 6 sièges) ne seraient plus représentés. Si une large redistribution de voix paraît inévitable, les élections -en l'état- devraient s'ouvrir soit à une coalition «SPD-Verts», soit à une «grande coalition».
Deux élections seulement en 2012, mais qui pourraient donner des orientations pour 2013 : à moins que, compte tenu de l'effondrement du parti libéral – constamment relevé par les élections régionales et les sondages – ou de la situation économique, la chancelière mette un terme à la coalition «CDU-CSU-FDP» au pouvoir pour provoquer des élections générales anticipées. Gerhard Schröder, le dernier chancelier à avoir tenté ce «coup de poker», avait perdu les élections. Et Angela Merkel a indiqué qu'elle entendait aller jusqu'au terme de son mandat… Mais… jamais… (voir plus haut!).
En attendant le verdict des urnes, un premier sondage a souligné que le SPD recueillerait, en l'état, 38% des intentions de vote devant la CDU (34%), die Linke (13%), les Verts (6%) et le parti des Pirates avec 5%. 39% des sondés souhaiteraient une grande de coalition SPD-CDU conduite par le SPD. 43% des sondés souhaiteraient que le leader du SPD -Heiko Maas- devienne Ministre-Président de la Sarre. Le scénario d'il y a un an à Hambourg, se reproduirait donc et la CDU, après avoir provoqué la dissolution, serait battue à Saarbrücken, comme dans la capitale de la Hanse ! Le parti libéral n'obtiendrait pas les 5% de voix de voix pour revenir au landtag. En 2009, la CDU avait obtenu 34,5% des voix, le SPD 24,5% des voix, die Linke 21,3%, le parti libéral -FDP- 9,2% et les Verts 5,9%. Mais un sondage n'est pas une élection, les choses évolueront sans doute d'ici au 25 Mars, avec la campagne électorale.